Un monde diabolique
Surveillé par son propre algorithme, le
travailleur d’aujourd’hui se croit auto-entrepreneur, alors qu’il est captif
comme jamais. Chauffeurs Uber, livreurs à vélo : plus ils prennent de
risques, plus l’algorithme les « récompense ». Ils sont leurs propres
bourreaux de travail. L’œil est dans la tombe et ne les quitte jamais. Big
Brother, conçu en 1948, était un gentil monstre en comparaison. Aujourd’hui, le
travailleur s’inflige ses propres peines. Il doit ─ c’est révélateur ─ apporter
son outil de travail : sa voiture, son vélo, son téléphone. Il n’est
couvert par aucun patron visible, par aucun syndicat, par aucun droit du
travail authentique. Et pourquoi le serait-il ? Il est autonome, il a
« choisi » son propre esclavage. En cas de recours, contre qui se
retourne-t-il ?
Un monde aussi infernal ─ il n’y a pas
d’autre mot ─ peut-il tenir longtemps ? Hélas, assez longtemps pour
anéantir quelques générations. Elles sont qualifiées de
« précaires », elles sont simplement assujetties. Leur mal-être
(euphémisme) se manifeste dans des révoltes sporadiques et assez violentes. Les
politiques rusés s’en saisissent et fondent leur petit commerce dessus. Mais le
vrai problème, cette extinction de l’homme (au sens de « l’homme
exténué »), ce nihilisme social et culturel ne sont pris en compte que par
bien peu de d’humains. Le Pape peut-être ?

Commentaires
Enregistrer un commentaire