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Affichage des articles du août, 2025

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  Pères tendres   Non, les mères n’ont pas le monopole de la tendresse.           

Shakespeare

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  La gloire est comme un cercle dans l’eau   Joan la Pucelle . Glory is like a circle in the water, Which never ceaseth to enlarge itself, Till, by broad spreading, it disperse to naught.   JEANNE LA PUCELLE. – La gloire est comme un cercle dans l’eau Qui ne cesse de s’élargir, Et qui, à force de s’élargir, finit par disparaître.   Henry VI Part I, I, 2, 136-138.

La grâce

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    La nature est imprévisible   Imaginons une famille où le père est alcoolique et brutal, la mère est dépressive et tuberculeuse. Ils ont eu six enfants, dont quatre sont morts en bas âge. La mère est à nouveau enceinte, pour la septième fois. Que va lui proposer son médecin ? Un avortement ? Après concertation très réfléchie avec un collègue, cette « solution » est adoptée. Et Ludwig van Beethoven ne verra jamais le jour. Ni l’ Appassionata , ni la sonate n° 17, ni « la Cinquième », ni l’ Hymne à la Joie .    Je ne nie pas que l’avortement peut apporter un soulagement à un certain nombre de détresses, celles de femmes en particulier. Mais jouer avec la nature est complètement aléatoire. Comment prend-on une décision quand la nature elle-même est si hasardeuse ? Que dire des algorithmes qui ne « réfléchissent » que d’après statistiques ?    Rectificatif. Ludwig n’était pas le septième enfant d...

La route de l’universel

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    Assimiler   Convaincu d’avancer vers « la civilisation de l’universel », Léopold Cedar Senghor aimait répéter ce précepte, comme un slogan : il faut «  assimiler pour ne pas être assimilé . » L’universel ne naîtra pas de la négation de toutes les identités, mais de leur association, comme le manteau d’Arlequin. L’écrasement des identités, c’est la méthode chinoise : faire des Chinois (sur le modèle des Hans) avec des Tibétains, avec des Ouighours… La sinisation du Tibet, par exemple, consiste à déculturer la jeunesse tibétaine, et patients comme ils sont, les Chinois finiront par faire disparaître toute distinction tibétaine. C’est la méthode totalitaire, ethnocidaire. Autrement dit, c’est l’horreur.    La « méthode douce » revient à prendre chez les autres ce qu’on trouve bon, à se l’approprier et l’« objet universel » ainsi conçu prend toutes les teintes que l’on veut, sans perdre sa nature. « Pr...

Crise du désir (suite)

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  Accrophones   La surmédiation   « La technologie moderne accélère les effets mimétiques ; elle les répète à satiété et étend leur rayon d’action à toute la planète […]. Elle en a fait au demeurant une industrie fort respectable qu’on appelle la publicité . » ( René Girard, Les Feux de l’envie , 1990) M ais l’effet mimétique se tarit. La recette a trop servi. Le désir a sans relâche besoin de renouveler son objet pour rester actif. Son combustible doit changer, enfler, se métamorphoser, sinon le désir mollit. L’accroissement exponentiel de la publicité, sur tous les médias, n’est pas le signe de son efficacité, mais l’inverse exactement, c’est le signe de son épuisement. Le désir ne fonctionne plus. Il faut, comme pour les drogues dures, constamment augmenter les doses.    Il est caractéristique que dans notre société où le désir est à bout de souffle, les ingénieurs de la tech, au service des géants financiers toujours plus gourmands, aie...

Crise du désir

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    La consommation de soi   Avant le XXe siècle et la publicité envahissante, à quel moment le désir s’est-il « débridé » ?    La crise du désir commence au XVIIIe siècle en même temps que l’individu occidental découvre qu’il peut s’affranchir de Dieu et libérer son désir. Il croit son désir singulier, bien à lui, il vit avec lui, il ne vit bientôt plus que pour lui. Le désir autonome est devenu la norme. Tristan Garcia explique ( La Vie intense , 2016) : « La société européenne au XVIIIe siècle cesse de promettre aux individus une vie après la mort, un au-delà, un salut. Ne leur promettant plus autre chose, elle se met à leur promettre plus de la même chose : non plus une autre vie, mais plus de la même vie ; non pas la gloire de l’au-delà, mais l’intensité de l’ici-bas. » Les romantiques se sont engouffrés dans cette brèche. Au XXe siècle, nous avons eu droit aux Années folles, puis à mai 68 et son injonction...

Poésie

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  « Vieille chanson du jeune temps » Les Contemplations , 1856, Victor Hugo (1802-1885)   Je ne songeais pas à Rose ; Rose au bois vint avec moi ; Nous parlions de quelque chose, Mais je ne sais plus de quoi. J'étais froid comme les marbres ; Je marchais à pas distraits ; Je parlais des fleurs, des arbres Son œil semblait dire : « Après ? » La rosée offrait ses perles, Le taillis ses parasols ; J'allais, j'écoutais les merles, Et Rose les rossignols. Moi, seize ans, et l'air morose ; Elle, vingt, ses yeux brillaient. Les rossignols chantaient Rose Et les merles me sifflaient. Rose, droite sur ses hanches, Leva son beau bras tremblant Pour prendre une mûre aux branches ; Je ne vis pas son bras blanc. Une eau courait, fraîche et creuse, Sur les mousses de velours ; Et la nature amoureuse Dormait dans les grands bois sourds. Rose défit sa chaussure, Et mit, d'un air ingénu, Son petit pied dans l'eau pure Je ne v...

Qui était Shakespeare ? 4/4

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    Cherchez le metteur en scène   Pour retrouver l’auteur Shakespeare, il faut d’abord chercher le metteur en scène , celui ou celle à qui il confie pour un temps la mise en scène de ses pièces, le personnage qui prend en charge les autres personnages. Comme, par exemple, Hamlet qui monte une saynète (The Mousetrap, La souricière ) devant le meurtrier de son père, Claudius, en espérant que ce dernier se révélera ! Et ça marche ! (II, 2, 614-615) :         The play’s the thing        Wherein I’ll catch the conscience of the king.          Le théâtre est cette chose        Qui va me permettre d’attraper la conscience du roi.      On peut aussi citer Don Pedro dans Beaucoup de bruit pour rien  : il tire les ficelles, il arrange tout le monde, au vu et au su de tout le monde, et il se retire à la fin de la pièc...

La mort en direct

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    Un sacrifice « moderne » (suite)   La mort du streameur en direct sur les réseaux sociaux a été perçue par les médias, et par le public en général, dans l’incompréhension la plus totale, comme s’il s’agissait d’une violence inédite, inconnue jusque-là, alors que nous avons là la manifestation de la « banalité du mal » dans toute sa matérialité. Mais nous ne voulons pas voir le mal . Le vocabulaire des commentateurs est révélateur. Ils parlent de « harcèlement » pour décrire des tortures morales et physiques. Ils en appellent à des formes de « modération » alors qu’il faudrait implorer un rétablissement de la morale. Et bien sûr, personne ne prononce le mot « péché » ─ ce que pourtant la torture à mort d’un être humain est fondamentalement ─, parce que le mot et la notion de péché sont complètement sortis des consciences modernes. Ce déferlement de méconnaissance est le signe de notre sidération devant la violence...

Qui était Shakespeare ? 3/4

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    Un homme de son temps ? Faute de renseignements supplémentaires, les exégètes essaient de retrouver Shakespeare dans son époque. Mais on ignore presque tout de son enfance, de sa famille, de sa formation réelle, de ses fréquentations, de ses lectures, de ses voyages, de ses rencontres, de ses loisirs préférés, des influences multiples qu’il a dû subir...    Comparé à ses contemporains, il se distingue certes par le style, la profusion créatrice, etc., mais il est insaisissable. C’était « un homme sans visage », d’après Jorge Luis Borges. Ne le trouvant nulle part, mais persuadé qu’il a quand même écrit des chefs-d’œuvre, les exégètes, découragés, prétendent qu’ il n’a rien voulu dire . Yves Bonnefoy parle de « virtuosité sans substance ». Emma Smith (dans ‘This is Shakespeare’), représentative de « l’école anglaise », parle de ‘radical uncertainties’, de « doutes radicaux ». Pour nos contemporains, Shakespea...

Qui était Shakespeare ? 2/4

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    Tous les prétendants   Cette biographie est succincte : il faut dire qu’on n’en connaît pas beaucoup plus sur l’homme Shakespeare. On a recueilli beaucoup de témoignages de ses contemporains, mais on ignore son portrait. Celui qui est connu a été exécuté 7 ans après sa mort... Douze signatures à son nom demeurent. Elles sont toutes dans une orthographe différente. Il s’agit pourtant d’actes officiels. Comme son testament.    Tant d’inconnues nourrissent le fantasme : le grand génie n’a pas existé ! C’était un prête-nom.    La légende a été montée de toutes pièces, au milieu du XIXe siècle, par une certaine Delia Bacon (1811-1859), une riche Américaine, dérangée mentalement, et grande admiratrice de Morse. Elle voyait des codes partout et elle s’est imaginé qu’elle était la descendante de Francis Bacon, le poète et philosophe contemporain de William Shakespeare. À force de décryptage et à grand renfort d’imagination, elle a «...

La mort en direct

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  Un sacrifice « moderne »   Le streameur français Jean Pormanove, victime régulière de violences filmées, meurt lors d’un direct.   Le streameur français Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven, est mort dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 août, a annoncé sur Instagram l’influenceur Naruto, qui apparaissait régulièrement dans ses vidéos en direct. Le modérateur de la chaîne Lokal, sur la plateforme Kick, qui diffusait les images mettant en scène Jean Pormanove et Naruto, a confirmé son décès auprès des internautes.   Source France Info   L’horreur se vend bien. Les jeux télévisés qui consistent à éliminer les candidats les uns après les autres ─ ‘you’re fired !’ ─ sont vraiment trop gentils. Sur les réseaux sociaux, des centaines de milliers de voyeurs se délectent des humiliations et des tortures infligées à un pauvre hère (une personne réelle, pas un clone ou quelque avatar) et les plateformes se font un a...

Qui était Shakespeare ? 1/4

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  Une biographie très courte   On ignore sa date de naissance. Il a été baptisé le 26 avril 1564 à Stratford upon Avon et il est décédé dans la même ville le 23 avril 1616 . Cela, selon le calendrier Julien . Mais en octobre 1582 , les pays catholiques sont passés au calendrier Grégorien , et le 23 avril 1616 en Angleterre était en fait le 3 mai .    Fils d’un gantier, ayant une certaine aisance, il fréquente l’école locale, la Grammar School de Stratford . Il s’initie au latin, aux poètes antiques et peut-être un peu au théâtre, Terence , Sénèque , Plaute .    À 17 ans, il met Anne Hathaway (26 ans) enceinte et il l’épouse. Il lui donne 3 enfants en 2 ans (dont des jumeaux), puis il « disparaît » jusqu’en 1590 ! On le redécouvre à Londres au début des années 1590, où il fréquente le milieu du théâtre. Il se fait vite remarquer par ses premières pièces et surtout sa poésie : Le Viol de Lucrèce , Vénus et Adonis .  ...

Naissance

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  Commencements   « Le nouveau a toujours contre lui les chances écrasantes des lois statistiques. »  Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne (1961)   Je n’ai pas, personnellement, la passion du collectif. Les foules me font peur. Les masses me paraissent toutes absurdes. Le socialisme me paraît une impasse. Les confor mités m’exaspèrent. Les communautés me semblent toujours contingentes. Les majorités sont généralement passagères. Les solutions globales m’épouvantent. Les ruées me découragent. Les populaces n’ont d’autre fonctionnement que celui de la panique.  Les collections sont toujours fortuites ou contraintes… Ne m’attirent que le singulier , la rareté dans la nature humaine, la personne authentique, l’individu unique, et le petit scintillement qu’il projette autour de lui, que les autres n’ont pas. Je n’aime que les commencements. Je ne chéris que les exceptions. Chaque naissance d’un seul être humain est un miracle.   Extrai...

Que faire de nos ressemblances ?

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    *   Le wokisme, l’indifférenciation et la logique inversée de la victime expiatoire   Olivier Klein , professeur d’économie, HEC 18 juillet 2025 «  Le wokisme [est devenu] un compassionnalisme** mimétique ignorant de ses propres ressorts. Il désigne en nombre les victimes, les sacralise et les fige dans leur statut en les assignant à résidence. Il construit des hiérarchies inversées où la culpabilité écrase la responsabilité. Où l’identité remplace l’acte. Où le déterminisme absolu refuse la capacité d’évoluer et de changer de statut. Ayant mis à bas les barrières civilisationnelles à la violence mimétique, la nécessité de la victime expiatoire revient donc. Mais on ne sacrifie plus la victime pour sauver la communauté : on veut sacrifier le prétendu dominant, désigné par les nouveaux inquisiteurs, pour racheter une faute collective supposée. Les barrières s’affaissent et la logique sacrificielle perdure. »   ** Je parle, pour ...

Sagesse

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  « J’aime une sagesse gaie et civile, et fuis l’âpreté des mœurs et l’austérité, ayant pour suspecte toute mine rébarbative. » Montaigne, Les Essais , III, 2.

Effet de panique

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    S’unir contre   Face à la déliquescence des principes et de la morale (qu’on peut aussi qualifier de « progrès » de l’égoïsme), frissonnant de peur devant l’inconnu, obsédés par leur soi-disant autonomie et leurs petites différences, les individus, comme les peuples, choisissent de s’unir contre plutôt que de s’unir tous ensemble . Le réflexe est primitif, et nous sommes au XXI e siècle ! C’est celui d’une meute menacée, que les temps de crise et d’incertitude amènent à cette régression fatale.    Le jeu est suicidaire. Les pauvres citoyens désemparés — et bien influencés par les infox, surtout russes — se jettent dans les bras de leaders violents, convaincus que la violence des puissants les protégera. Les États de l’Europe de l’Est ont déjà sombré. L’Italie, l’Autriche, les Pays-Bas, bientôt la France sont près de faire de même. Cette attirance pour la violence haineuse des chefs est comme un vertige ; les citoyens succombent...

De la bêtise généralisée

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William Hogarth ( 1697 – 1764)   La dérision   L’humour a à peu près disparu de nos pratiques. Il a été remplacé par la dérision, le « deuxième degré » (qui permet de dire n’importe quoi), la vanne, le bashing , la raillerie, le persiflage, la méchanceté loufoque (mais méchante quand même), autant de formes de persécutions qui dédouanent les persécuteurs à bon compte. Si vous voulez être franchement cynique, dites que c’est pour rire. Soyez carrément méchant et affichez LOL. Vous vous sentirez parfaitement innocent de votre crapulerie. Que les cibles de votre acrimonie soient des hommes politiques, des stars , des petits personnages qui passent comme des étoiles filantes dans le ciel médiatique, que les victimes soient consentantes, trop heureuses qu’on parle d’elles, même si c’est pour qu’on en dise du mal, tout ce qui passe entre les mains des amuseurs publics est, aujourd’hui, changé en bouillie. Cela est si peu drôle que les rires sont ajoutés aux shows et ...

Shakespeare

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  One touch of nature Ulysses .                    Let not virtue seek Remuneration for the thing it was ; For beauty, wit, High birth, vigour of bone, desert in service, Love, friendship, charity, are subjects all To envious and calumniating time. One touch of nature makes the whole world kin, That all, with one consent, praise new-born gawds, Though they are made and moulded of things past, And give to dust that is a little gilt More laud than gilt o'erdusted. ULYSSE. —                        Que la vertu ne prétende pas Être rémunérée pour ce qu’elle a fait ! Car ni la beauté, ni l’intelligence, Ni la naissance, ni la force physique, ni les services rendus, Ni l’amour, ni l’amitié, ni la charité, n’échappent À l’envie et à la calomnie commune. S’il est ...